C’est un endroit bizarre où l’on montre des films qui ne sont pas sûrs de sortir à des gens qui ne sont pas sûrs d’y aller, mais le plus bizarre de la chose, en ce qui concerne Cannes, est le résultat de toute cette effervescence : donner l’envie de voir des films, l’envie de faire des films, l’envie d’aimer les films.

Gilles Jacob

Les films de Cannes se ramassent à la pelle en cet automne… un brin monotone. Hormis Aquarius, second long-métrage brésilien de Klber Mendonçan Filho et La Fille inconnue des frères Dardenne qui divise la rédaction, rien de très palpitant malgré les femmes à l’honneur et leurs portraits attendus : La Danseuse, Divines, Victoria, sans oublier Juste la fin du monde de  Xavier Dolan qui, une fois de plus, n’a pas conquis Cinégotier et Toni Erdmann, grosse déception à nos yeux. Mais Palme d’or oblige, ouverture avec Moi, Daniel Blake de Ken Loach.

cannes_festival_films_69_bandeau_echos_cinegotier

MOI, DANIEL BLAKE de Ken Loach
Daniel Blake, la soixantaine, homme ordinaire, menuisier de son métier, est empêché de travailler après un grave accident cardiaque. Il se trouve confronté aux aberrations d’une administration devenue inhumaine en raison de sous-effectifs permanents et de règlements absurdes. Au Pôle Emploi britannique, Daniel rencontre Katie, jeune mère de deux enfants, prise elle aussi dans ce système inique. À 82 ans, Ken Loach n’a rien perdu de son pouvoir d’indignation. Il nous livre un film limpide et pudique qui dénonce les errements d’une société ultralibérale britannique, broyeuse des pauvres et des laissés pour compte. Tous les personnages sont humiliés, déchirés entre soumission et révolte, pris dans un engrenage implacable qui n’épargne personne, pas même les fonctionnaires chargés, sans y croire eux-mêmes, de faire appliquer des règlements. La mise en scène réaliste, l’acuité du regard, l’humour, la vitalité inébranlable de ces héros du quotidien, l’ardeur à dénoncer, les dialogues recueillis sur des témoignages par le cinéaste et son scénariste, montrent sans jamais démontrer une profonde humanité. Moi, Daniel Blake, chef d’œuvre de rectitude témoigne de la colère glaçante d’un homme pour qui les mots solidarité, engagement et respect ont encore un sens. Palme d’or admirable amplement méritée. Simone Suchet

Une jeune femme aux yeux de faon, mère de deux enfants, aux abois financièrement, nourrit les siens dans une banque alimentaire. Affamée, elle ouvre en douce une boîte de conserve, dévore les haricots froids, la sauce tomate coule entre ses doigts, la tache. Elle s’effondre, à bout, choquée de son attitude, humiliée d’elle-même. Affolement d’une dégringolade qui traduit l’indigence moderne, antichambre d’agonies en série, avec sa cruauté d’inepties et d’exclusions administratives. Ne serait-ce que pour cette séquence déchirante, la dernière Palme d’or de Cannes est à voir et, même si cette oeuvre n’est pas la plus ample de Loach, ne démérite pas la nécessité d’un tel prix. Imprégné de My Name is Joe (pour Daniel, le personnage masculin) et Ladybird (pour Katie, le personnage féminin), ce duo d’éberlués à l’énergie du désespoir chevillée au corps, au moral, parfois au burlesque, s’indigne d’une Angleterre pas si éloignée de l’ère victorienne. Même gouffre des classes. Même violence sociale. Même ostracisme libéral. Benoit Gautier

AQUARIUS de Klber Mendonçan Filho
Clara, sexagénaire, ancienne critique musicale vit dans un immeuble face à la mer. Tous les appartements à l’exception du sien, rachetés par un puissant groupe immobilier, sont promis à la destruction, mais Clara résiste. Le combat est rude, l’adversaire redoutable et peu scrupuleux. Dans cet appartement où s’entassent ses souvenirs, supports concrets à sa mémoire – nombreux vinyles, albums de photos et même une armoire héritée d’une tante – Clara repense à sa vie, à son mari maintenant décédé, à ceux qu’elle aime. Le film se divise en trois chapitres : les cheveux de Clara, les amours de Clara, le cancer de Clara, débute en 1979 et se poursuit trois décennies plus tard. Il propose un état des lieux doucement nostalgique d’un pays en pleine mutation, dresse en parallèle le portrait d’une femme combative, déterminée, toujours digne mais pas nécessairement sympathique, et c’est tant mieux. Le récit d’une grande fluidité subit une perte de rythme dans la deuxième partie, mais le réalisateur insuffle une énergie renouvelée au troisième volet. Méditation sur le temps qui passe, évocation d’un certain art de vivre, apologie de l’action personnelle, le film mêle avec habileté divertissement, réflexion sociale et interrogation contemporaine. Le mur lézardé par les termites est une superbe métaphore du cancer de Clara dont elle est sortie vivante, mais aussi d’un pays qui se fissure de partout sous les assauts d’un capitalisme outrancier et de la corruption. Clara est interprétée avec grâce, élégance, intelligence par Sonia Braga, présente dans chaque plan, toujours magnifique. Un très beau film. Une actrice somptueuse. À voir. Simone Suchet

Le second long-métrage de Klber Mendonçan Filho, après Les Bruits de Recife (2012), se tourne dans la même ville, mais ne montre pas cette fois le kaléidoscope d’un quartier, la chorale de ses habitants. Il se concentre sur un espace quasi-unique, un appartement avec vue sur la mer et héroïne centrale, présente à chaque plan. Clara, ex-critique musicale, seule habitante/propriétaire d’un appartement au sein d’un immeuble racheté par un groupe immobilier vorace, veille, résiste, prend racine. Sublime figure de proue amputée d’un sein, Clara, incarnée avec morgue et sensualité par une Sonia Braga, sex-symbol brésilien des années 1980/90 (Gabriela, Le Baiser de la femme araignée, Dona Flor et ses deux maris…), voit sa détermination renforcée par un cortège de souvenirs – les photos de ses nombreux albums, les frasques érotico-générationnelles d’une commode, les centaines de vinyles qui tapissent ses murs, galettes régénérantes, vitales, écoutées seule, entre amis, en famille avec danses et verres de vin. John Carpenter, la référence revendiquée de Filho, s’imposait déjà dans Les Bruits de Recife. Ici, tels The Thing ou The Assaut, le fantastique s’empare de l’immeuble, infiltre le territoire disputé par différentes forces, consuméristes, concrètes (l’oncle et le neveu architecte, passif-agressifs aux dents acérées), mais aussi invisibles, épouvantables (la prolifération des termites, cancer inoculé dans l’immeuble, référence à la mutilation mammaire de Clara). Clara, opaque, libre, insaisissable, à la fois menacée et menaçante, conservatrice et transgressive, lutte sur tous les fronts, du politique (la corruption, les clivages de classes, magnifique métaphore d’une coulée d’égout qui sépare les plages des riches et des pauvres) au métaphysique, symbolisé par un corps vieillissant, meurtri – le Brésil du progrès ? – mais qui réclame avec hargne et panache le droit à un certain savoir-vivre, celui de jouir, d’être. Benoit Gautier

LA FILLE INCONNUE de Luc et Jean-Pierre Dardenne
Contre. Le dernier film des Frères Dardenne nous invite à suivre Jenny Davin, jeune médecin généraliste qui exerce dans un quartier défavorisé et qui, un soir, refuse d’ouvrir sa porte à une femme sous prétexte que le cabinet est fermé. Le lendemain, elle apprend que la jeune femme a été retrouvée morte, qu’on ne sait rien d’elle. Rongée par la culpabilité, Jenny va s’acharner à découvrir son identité pour lui offrir une sépulture afin que son passage sur terre ne soit pas oublié. Le film est à la fois très simple et très complexe, simple dans son déroulé, complexe dans le dilemme moral qui ne laisse pas Jenny en paix. Au cours de sa quête quasi-christique, non seulement Jenny se transforme, mais les autres changent à son contact. Pour raconter cet itinéraire, les Dardenne s’appuient sur un scénario inutilement compliqué qui multiplie les allers-retours avant un dénouement peu convaincant. L’arrière-plan social, une fois encore très présent, tire sa source des personnages, des situations, non pas d’une volonté démonstrative ou dénonciatrice plaquée par les réalisateurs. La mise en scène dépouillée, tendue s’appuie sur les gestes banals et concrets du quotidien d’un médecin, sur des plans serrés, une lumière naturelle, l’interprétation déterminée et tranchante d’Adèle Haenel, toujours juste mais si fermée que l’empathie devient impossible. Peut-on reprocher à des cinéastes une trop grande maîtrise ?… Peut-être à la vue de ce film parfait mais tellement corseté que l’émotion ne passe plus. Dommage ! Simone Suchet

Pour. Dans la tradition française des critiques de cinéma, il est de bon ton de brûler les idoles : Pedro Almodovar à tort avec Etreintes brisées, versus mortifère de Attache-moi, à raison avec Les Amants passagers ; Woody Allen européen, fustigé à tort avec Midnight in Paris, oeuvre hallucinée dans la lignée de Purple Rose of Cairo, à raison avec To Rome with Love. Comme leurs collègues dorénavant au purgatoire, Jean-Pierre et Luc Dardenne viennent d’essuyer leur premier dédain avec salves au dernier Festival de Cannes. Qui adorait hier, dégomme aujourd’hui au nom d’une hypothétique infaillibilité ! Certes, La Fille inconnue n’a pas la puissance des quêtes obsessionnelles au féminin de Rosetta, Le Gamin au vélo, Deux jours, une nuit, ni la nervosité d’une mise en scène quasi-spirituelle de Le Fils, La Promesse. Le film n’en demeure pas moins d’une qualité indéniable, enquête policière et morale qui avance à hauteur de femme jusqu’à sa révélation, plan-séquence climax où le méchant de l’histoire, pour libérer sa parole, se détourne du regard de l’héroïne, Jenny, une Alice butée au pays de la médecine des pauvres. Soldate en négatif de Les Combattants de Thomas Cailley, Adèle Haenel, tout au long de ses investigations, se frappe à l’intérieur du corps de culpabilité, de remords, et montre dans les scènes de soins, les plus émouvantes, une douceur soupçonnée mais non encore révélée. Adèle H. est belle (très) et bien (très) la fille reconnue d’Isabelle A. ! Benoit Gautier

TONI ERDMANN de Maren Ade
Ignoré sans appel par le palmarès du jury présidé par George Miller, coqueluche de la presse et du public de la Croisette, ce troisième long-métrage de Maren Ade semble tourné aux forceps. Oeuvre orpheline de Cannes 2016 ou gâteau allemand indigeste pour le spectateur ?… Avec Festen (1998), Thomas Vinterberg parvenait à donner l’illusion de filmer dans l’instant, prouesse sidérante à la hauteur d’un propos allié à une mise en scène. Animée d’une même ambition, les images verdâtres à la Derrick de Toni Erdmann illustrent une farce interminable sur la dénonciation de la mondialisation avec script et réalisation condescendants qui jugent, enferment ses personnages dans une opposition mainstream/underground manichéenne. Maren Ade signe un film en perpétuelle ligne de fuite. Une fête improvisée naturiste, déflagration du récit annoncée comme climax, aurait pu pulvériser ou fusionner un rapport fille/père (géniteur mytho-burlesque-tête-à-claque/rejetonne psychorigide, pseudo-prédatrice au pays des requins), chacun à poil dans son incommunicabilité. Hélas, la réalisatrice loupe définitivement la confrontation, se perd dans une course poursuite qui dégonfle l’apothéose/explosion espérées. Seule séquence digne de l’ambition supposée de Ade, une robe moulante au zip qui coince. Un dérapage qui laisse espérer ce qu’aurait pu être un autre film tourné au bord du précipice avec un vrai engagement de cinéaste. Benoit Gautier

Autour de la relation père-fille, Maren Ade signe un film lourd au scénario bourré d’invraisemblances, de gags pas vraiment drôles et souvent grossiers, de situations grotesques, peu crédibles et prévisibles. Le mauvais goût règne en maître, l’humour est pesant, la mise en scène absente, le récit manque de rythme, les comédiens sont mal à l’aise, le tout donne un film interminable et ringard. Rien à sauver dans ce pensum insupportable qui semble-t-il à fait rire le Festival de Cannes. Dans la salle parisienne où je l’ai vu, les rires étaient rares, timides, gênés peut-être. Simone Suchet

DIVINES de Uda Benyamina
Dans une banlieue, Dounia et Maimounia sont amies à la vie à la mort. Dounia a soif de pouvoir et de réussit. Pour cela, elle n’hésite pas à se lier à Rebecca, la dealeuse locale. Récit d’apprentissage, éducation sentimentale, chronique sociale, le film se perd très vite dans une intrigue policière convenue qui n’évite ni les clichés ni un dénouement sombre, excessif. Ce premier long-métrage mené tambour battant qui ne laisse aucun répit au spectateur, se révèle vite artificiel, répétitif, confus et plombé par une musique omniprésente. Sa force ne tient qu’aux portraits criants de vérité des deux jeunes héroïnes et à l’interprétation bouleversante de Oulaya Amamra (Dounia) : elle illumine chaque plan. Simone Suchet

Camera d’Or pour film français au féminin depuis Party Girl (2014) de Marie Amachoukeli et Claire Burger. Même mise en scène coup de poing pour réalisatrices girls fighting, même regard sans concession sur le monde des démunis, la déresponsabilisation des adultes, le sens de la démerde des mômes en plein chaos. Les 400 coups de Truffaut et L’Enfance nue de Pialat ne cessent de sévir. Dans Divines, au-delà de la descente aux enfers du deal de came déjà vu, des boursouflures de polar à gros traits, c’est l’amour fleur bleue de l’héroïne au sortir de l’enfance qui séduit. Perchée avec sa copine sur les pendrions de la scène, Dounia s’adonne à l’émotion, s’ouvre aux sentiments pour un danseur contemporain, Prince charmant qui évacue la violence de son corps. Le film prend alors de la hauteur et trouve son altitude. Benoit Gautier

LA DANSEUSE de Stéphanie de Giusto
Le début est saisissant : Marie-Louise Fuller – elle ne s’appelle pas encore Loïe – dans l’ouest américain entrave une vache. Dès les premières images, Soko prend son rôle à bras le corps, ne le lâche plus. Forte, fragile, habitée, totalement investie, l’actrice rockeuse porte le film sur ses épaules. De fille lourde et empotée, elle devient elfe, papillon, la légèreté même. Force de ce biopic : l’évitement du récit traditionnel pour donner à voir une transfiguration qui célèbre la liberté d’une femme à travers la puissance de sa création. Et si le film invente des personnages, escamote des passions, ce n’est pas si grave. Sa force est ailleurs, dans la quête identitaire fiévreuse et douloureuse de son hérïnes, dans les fulgurances visuelles des danses, si puissantes que l’émerveillement nous saisit tels les spectateurs découveurs de Loïe Fuller au début du XXe siècle. Le film souffre de quelques baisses de rythme, perd un peu de sa pertinence avec l’arrivée d’Isadora Duncan, incarnée par Lily-Rose Depp à la grâce vénéneuse. Il se transforme alors en mélodrame sentimental assez peu inspiré. Dommage, mais pas si important en regard des autres qualités d’un œuvre captivante. Simone Suchet

C‘est un énième biopic, mais avec un personnage hors-norme : Loïe Fuller, mère pionnière de la danse contemporaine. Il y a Soko de Augustine (Anne Winocour) et Voir du pays (Delphine & Muriel Coulin), diamant brut qui se taille un chemin de rocaille de film en film. Plus un gros coup de pub effluve Chanel sur l’aînée des Depp/Paradis. Alors, ça se regarde sans ennui mais sans grand plaisir. Catalogue chicos pour un premier film sans parti pris de mise en scène, qui distille le sombre par le trop de beau, et sacrifie en première ligne son interprète principale. Soko aurait pu emprunter le sillon d’une Adjani/Claudel/douleur/isolement de la création, pâtit de cette joliesse, voit les aspérités de son jeu/tempérament rognées. Lili-Rose, dans une partition d’allumeuse à l’épaisseur d’un papier à cigarette, montre les prémices d’une présence, sans plus. Seuls Mélanie Thierry dans un rôle pourtant sacrifié, s’en tire à merveille avec la grâce vigoureuse de son physique « Romanov », et Gaspard Uliel, éthéromane que n’aurait pas boudé Luchino Visconti, plane autour des transes de la femme orchidée/papillon dans des abîmes suicidaires. Uliel décidément au ciel ! Benoit Gautier

VICTORIA de Justine Triet
Encensé lors de sa présentation à Cannes, le deuxième film de Justine Triet, Victoria risquait fort de décevoir tant les attentes étaient grandes. Et… c’est chose faite, le film déçoit ! Plombée par un scénario maladroit qui aligne des situations abracadabrantes (les scènes de procès) et convenues (l’intrigue amoureuse) allié à un rythme de réalisation qui s’essouffle très vite, cette comédie juridico-sentimentale sur une avocate épuisée par le désastre de sa vie privée  et les embrouilles de son existence professionnelle, manque de folie, ne décolle pas, malgré une Virginie Efira époustouflante. L’actrice passe avec une aisance et un naturel confondants de la prostration à la surexcitation. Melvil Poupaud livre une interprétation échevelée dans le rôle d’un client ambigu, mais Vincent Lacoste déçoit dans celui de l’amoureux transi. À noter : la beauté formelle du film avec ses cadrages soignés, ses couleurs franches, bleu intense et rouge profond. Plaisant sans plus. Simone Suchet

Illogisme poussé jusqu’à l’absurde avec scènes de tribunal où jouent un dalmatien, une guenon et Virgine Effira, jolie égérie d’un cinéma grand écart qui va du pire (Un Homme à la hauteur de Laurent Tirard où, exploit, elle tire ce navet des plus minus vers le haut) au meilleur (Elle, chef-d’œuvre de Paul Verhoeven où le temps d’une séquence finale, elle distille une ambiguïté catho des plus troubles). Ne serait-ce que pour cette Belge au sex-appeal « fille de tous les jours comme tout le monde, mais avec cheveux couleur soleil en plus », le film vaut le détour tant la comédienne interprète en mineur une petite musique à contretemps des plus séduisantes, laisse la fêlure brune à Melvil Poupaud (toujours parfait, l’un de nos plus grands interprètes) et les boucles romantiques à Vincent Lacoste (transi impeccable comme dans Tout de suite maintenant de Pascal Bonitzer). Seul problème, mais de taille, ce second long-métrage après La Bataille de Solférino, adopte trop la linéarité, les rebondissements, la résolution des canevas de comédie distillés par les master classes des scénaristes yankee aux fictions « prêtes à la consommation ». Miss Triet, ne lissez pas trop l’ébouriffé de votre premier film, trop de balayages risquent de cramer votre identité de cinéaste. Benoit Gautier

JUSTE LA FIN DU MONDE de Xavier Dolan
Louis, auteur à succès, revient chez lui après 12 ans d’absence pour annoncer sa mort prochaine à sa famille. Au sein de cette famille dysfonctionnelle, les retrouvailles sont mouvementées, tournent vite au pugilat. La mise en scène de Xavier Dolan qui oscille entre violence et retenue, s’articule pour l’essentiel sur des gros plans. Elle n’évite ni la boursouflure ni l’hystérie ni les maniérismes (ralentis, play liste de la b. o…). Ce psychodrame familial, adapté de la pièce homonyme de Jean-Luc Lagarce, offre une analyse assez banale et rapidement ennuyeuse de l’impossibilité de communiquer et d’aimer. Dans ce huis-clos asphyxiant et agaçant, les comédiens filmés au plus près, poussés à l’outrance par un cinéaste qui les regarde sans la moindre empathie, jouent avec une maîtrise bien réelle mais sans la moindre émotion. Seuls à tirer leur épingle du jeu : Gaspard Ulliel, taiseux magnifique toujours émouvant, et Marion Cotillard absolument bouleversante. Simone Suchet

Xavier Dolan n’est ni le pire des cinéastes ni le génie précoce que Cannes s’acharne à brandir depuis 2009 avec J’ai tué ma mère. Peut-être qu’avec un casting québécois, ce 6e opus aurait gagné en crédibilité ?… Chacune des vedettes fait son tour de piste, pas mauvaises dans l’absolu, mais pas franchement dans les clous. Pourquoi maquiller et déguiser Nathalie Baye en clown travelo (Dolan signe les costumes du film) ? Pourquoi donner à Léa Seydoux un rôle d’ado dont elle n’a plus l’âge ? Pourquoi utiliser Vincent Cassel en « énième Mon Roi » avec nerfs à vif, mâchoires crispées et regard bleu électrique embué ? Quant à Marion Cotillard, pièce rapportée, « hors jeu » de cette famille, elle fait carton plein dans la minauderie balbutiante. Seul Gaspard Uliel, silence oblige, tire son dard de ce guêpier ni jouasse ni joual. Sinon, question réalisation, rien de nouveau : flous, ralentis, b.o. popu – la scène d’amour ado avec un pseudo River Phoenix shooté au narguilé est un clip au sommet du kitch – montrent les boursouflures d’un cinéma qui s’essouffle, mais peut reprendre vie (Laurence Anyways, meilleur film de Dolan, laisse tout espoir) ou agonir en surchauffe. Benoit Gautier