Si, dans The Fly, Jeff Goldblum avec sa chevelure noire de jais et sa peau mate, se transforme en mouche avec une logique épidermique évidente, il y a fort à parier que Jeremy Irons et Geneviève Bujold auraient trouvé leur (in)carnation d’insecte du côté des araignées dans Faux-semblants.
Les aranéides, prédateurs invertébrés arthropodes de la classe des arachnides, occupent une place de choix dans l’interprétation psychanalytique des rêves. L’araignée symbolise la mère négative, l’amour dévorant. Dans la séquence du cauchemar de Dead Ringers, Jeremy Irons, avec son physique d’insecte long, glabre et armé d’instruments de tortures gynécologiques en guise de crochets, se fait manger le ventre par Geneviève Bujold, l’aranéide mortelle.

Outre leur réunion brûlante chez David Cronenberg, ces deux acteurs cérébraux possèdent quelques points communs dans leur filmographie. Tous deux, avant de se donner la réplique, ont déjà vécu une expérience de dédoublement. En 1976, dans Obsession de Brian De Palma, Geneviève joue deux femmes au même physique : Elizabeth Courtland et Sandra Portinari. En 1981, dans La Maîtresse du lieutenant français de John Fowles, Jeremy interprète Mike, un comédien, ainsi que son personnage, Charles Smithson.

Geneviève Bujold ObsessionObsession

Bujold et Irons ont été tous deux filmés par Louis Malle. Geneviève ou la Charlotte de Le Voleur en 1967, fraîche, vive, effrontée. Jeremy ou le docteur Stephen Fleming, ténébreux, fiévreux, adultérin dans Fatale en 1992. Devant la caméra de Claude Lelouch, l’actrice canadienne est Jeanne Leroy, une promesse de bonheur entre vie et mort dans Un homme, une autre chance en 1977. Le comédien britannique est Valentin, un cambrioleur à la Arsène Lupin, dans And now… Ladies and Gentlemen en 2002.

Jeremy Irons Faux SemblantsFaux-semblants

Elle et lui sont abonnés aux dévastations de la passion et à la déchéance qu’elles engendrent. Geneviève/Anne Boleyn perd la tête pour Henri VIII dans Anne des mille jours de Charles Jarott en 1969. Jeremy/René Gallimard perd la raison pour une diva qui s’avère être un homme dans M. Butterfly de David Cronenberg en 1993.

Geneviève « Bujo » comme l’appelle les Québécois sera pour toujours la meurtrière de son mari dans Kamouraska de Claude Jutra, qui lui vaut le Génie du Festival du Film canadien en 1973. Jeremy Irons sera à jamais un époux soupçonné d’homicide conjugal dans Le Mystère Von Bulow de Barbet Schroeder qui lui vaut l’Oscar du Meilleur acteur en 1990.
Aux dernières nouvelles, elle portait des cheveux blancs et avait quelques araignées dans la tête dans Mon petit doigt m’a dit de Pascal Thomas en 2005. Lui articulait la crise boursière telle une veuve noire shakespearienne dans Margin call de J. C. Chandor en 2011. Monstres sacrés, sacrés monstres !