Simone Suchet, auteur et journaliste franco-canadienne, est l’envoyée spéciale Cinégotier au Cinéma du Québec à Paris.

affiche-cinema-quebec-paris-forum-imagesDu 21 au 26 novembre 2014, s’est déroulée à Paris, la 18e édition du festival Cinéma du Québec Paris sous la présidence d’honneur de la comédienne et réalisatrice, Carole Laure. Laquelle présentait en film d’ouverture son dernier opus Love Projet, un film sympathique qui se demande comment redonner espoir à une jeunesse désabusée. Malheureusement le film souffre de graves carences sur le plan du scénario et de l’élaboration des personnages dont on ne comprend guère les motivations. Restent quelques très belles séquences de danse admirablement filmées. Le film témoigne avec tendresse du dynamisme et de la vitalité de la jeune scène québécoise.

Outre le film de Carole Laure, cette édition proposait le dernier film de Denys Arcand, Le Règne de la beauté présenté en soirée de clôture dans le cadre d’un hommage au réalisateur avec une reprise de Jésus de Montréal.

Inaugurée en 1980 avec La Guerre des Tuques d’André Mélançon, la série des « Contes pour tous » est bien vivante et propose pour son 26e opus, La Gang des hors-la-loi de Jean Beaudry, une histoire touchante de sport et d’amitié qui, par le biais d’une relation entre un grand-père et son petit-fils, tous deux brisés par la mort de leur père et fils, transmet des valeurs de courage et de ténacité. Le ton est juste et les jeunes comédiens sont épatants. Qu’est-ce qu’on fait ici ? de Julie Hivon dessine le portrait d’un groupe d’amis très affectés par la mort de l’un des leurs à la recherche de nouveaux repères. Les personnages sont sympathiques mais insuffisamment développés, les dialogues lourdement explicatifs et le reste à la surface des choses. Ricardo Trogi dans 1987 se replonge dans l’été de ses 17 ans évoquant tous les problèmes de l’adolescence, le désir de liberté, l’éveil de la sexualité, la quête de l’amour, les conflits avec les parents. Rien que très banal. Pourtant le film réussit à toucher grâce à l’humour pas toujours raffiné mais très efficace et un sens étonnant de l’autodérision de l’auteur qui ne s’épargne guère et aussi à une bande-son entraînante.

Tu dors Nicole de Stéphane Lafleur (sortie en France en avril 2015) somptueusement filmé en noir et blanc relate un moment de la vie de Nicole dans la maison de ses parents, absents pour l’été. Elle passe beaucoup de temps avec son amie Véronique. Lorsque son frère aîné et son groupe de rock arrivent de façon inopinée, Nicole se retrouve victime d’une insomnie grandissante. Le film est drôle, touchant, sensible, émaillé de répliques savoureuses et de moments d’un comique joliment décalé. Sur le thème rebattu des rencontres improbables et des amours impossibles, Félix et Meira de Maxime Giroux (sortie en France le 04 février) porte un regard tendre, raffiné et pudique. Ce beau film généreux réussit à dire l’ineffable et nous permet d’espérer que Félix, jeune homme sympathique mais totalement irresponsable et Meira, jeune femme de la communauté hassidique, mariée et mère d’un enfant apprendront à se connaître et à s’apprivoiser, favorisant ainsi la création de ponts entre deux mondes que tout oppose. Rhymes for Young Ghouls de Jeff Barnaby se passe en 1976 dans une réserve amérindienne. Les clichés sont nombreux, les personnages schématiques et l’interprétation approximative ce qui nuit à la crédibilité du film lequel offre tout de même quelques fulgurances visuelles.

felix-et-meira-cinema-du-quebec-a-parisFélix et Meira

Cette année la sélection documentaire était de très bonne tenue et particulièrement stimulante, à commencer par Québékoisie de Mélanie Carrier et Olivier Higgins, un road-movie cycliste qui interroge avec intelligence, sensibilité et humour les rapports entre québécois et amérindiens. Après plusieurs voyages aux quatre coins de la planète à la rencontre de communautés étrangères, les deux auteurs ont réalisé qu’ils ne savaient rien ou presque des communautés autochtones du Canada et sont partis à leur recherche. Avec les personnages rencontrés lors de leur quête, l’anthropologue Serge Bouchard, Francine Lemay, la sœur du caporal Marcel Lemay tué pendant la crise d’Oka et Marco Bacon, artiste tout surpris de se découvrir des ancêtres normands, les cinéastes tentent de comprendre les raisons de la rupture. Cette quête identitaire est un plaidoyer sobre et optimiste en faveur de l’entente entre communautés. Appel à l’anxiété générale d’Hélène Klodawsky se demande comment concilier vie familiale et vie professionnelle, question qui se pose non seulement pour le commun des mortels mais également pour des artistes. Ce film nous entraîne à la suite d’Efrim Menuck et de Jessica Moss, tous deux membres du groupe post-rock The Silver Mt Zion lors de deux tournées aux Etats-Unis, l’une avec leur fils Ezra, l’autre sans lui. Ce film qui montre le quotidien du groupe, les différences entre Efrim et Jessica, les sacrifices consentis par l’un et l’autre, ne donne pas de réponse simpliste mais propose une réflexion souvent pertinente.

Dans Alex marche à l’amour le comédien Alexandre Castonguay parcourt quelque 700 kilomètres pour apprendre le poème de Gaston Miron. Son périple, ponctué de rencontres avec des personnages souvent pittoresques et toujours intéressants, est une déclaration d’amour à l’Abitibi-Témiscamingue et à la poésie de Gaston Miron. Autre célébration de la poésie et de l’auteur de « L’homme rapaillé », Miron : un homme revenu d’en dehors du monde de Simon Beaulieu qui associe avec bonheur – malgré une musique parfois envahissante – portrait, documentaire politique et cinéma expérimental montre combien l’aventure collective du peuple québécois est exprimée par l’œuvre de Gaston Miron. Cet essai cinématographique d’une grande sensibilité élabore une réflexion sur la survie des cultures menacées partout dans le monde. Après la présentation du film, la soirée s’est poursuivie avec une lecture de poèmes de Gaston Miron par le comédien Jacques Bonnaffé et une rencontre autour de Gaston Miron, homme de poésie et d’engagement animée par Catherine Pont-Humbert.

Autres événements de la semaine, la leçon de musique de Carole Laure et Lewis Furey et les Rencontres de Coproduction francophone, organisées depuis plusieurs années déjà qui permettent à producteurs français et québécois de se rencontrer et de développer des projets communs. Une manifestation riche et diversifiée qui témoigne de la vitalité du cinéma québécois.

Love Projet de Carole Laure

Tu dors Nicole de Stéphane Lafleur

Le Règne de la beauté de Denys Arcand