Moi, ce qui m’intéresse, ce sont les conséquences d’un moment tragique sur des individus différents. Voir comment ils se comportent respectivement devant un fait crucial ou dans une aventure un peu exceptionnelle. C’est tout… »

John Ford

John Ford a réalisé sur une période allant de la fin des années 1910 à la fin des années 1960 près de 150  films dont 50 seraient définitivement perdus, courts et longs métrages, films muets et parlants. Sacré à 4 reprises meilleur réalisateur lors de la cérémonie des Oscars, il a abordé tous les genres : films de guerre, drames sociaux, westerns, films historiques et même films de propagande.

john_ford_l'homme et les films_capricciDans John Ford, l’homme et ses films, l’auteur Ted Gallagher propose une étude qui se veut exhaustive de l’œuvre fordienne, tâche qui s’avère souvent difficile. Pour ce faire, Gallagher suit une approche chronologique, découpe la vaste filmographie de Ford en quatre périodes, procède à une recherche de thèmes communs dans les films qui sont analysés par regroupements. Le livre qui fourmille d’anecdotes souvent savoureuses et de détails de tournage révélateurs dresse ainsi le portrait d’un homme à la personnalité complexe. Nouvelle mouture d’un livre amputé de 200 pages par rapport à la version précédente, l’ouvrage souffre cruellement de ces trop nombreuses coupes car l’écriture, ainsi tronquée, escamote parfois certaines articulations entre les paragraphes, isole des descriptions de plans souvent détaillées et pertinentes au détriment d’un mouvement d’ensemble, ce qui rend parfois la lecture ardue. Reste que Gallagher connaît très bien son sujet et sait nous en faire partager la passion.

Toute autre est l’ambition de John Ford et les Indiens d’Arnaud Balvay et Nicolas Cabos, un ouvrage extrêmement bien documenté qui se concentre sur les films que Ford a tournés avec les Indiens Navajo dans les paysages exceptionnels de Monument Valley. Soit une dizaine de films mettant en vedette les Frères Stanley, John, Kee Joh, Johnnie, Jack mais aussi Many Mules, Billy Yellow et Harvey Speck et bien d’autres. Pour retracer cette aventure, les auteurs ont recueilli les témoignages des descendants des acteurs indiens et consulté les remarquables archives de la Lily Library et du Goulding’s Trading Post & Lodge. Au fil des tournages, le regard que pose Ford pose sur les Indiens évolue, au début il leur propose seulement des rôles de figurants et de méchants, pour finalement leur donner des premiers rôles et ceci, dès 1947, dans Le Massacre de Fort Apache ou dans La charge héroïque, en 1948. Même si Ford n’a pas toujours montré les Indiens sous leur meilleur jour, les Navajos l’accueillaient toujours avec enthousiasme car les tournages leur apportaient une manne financière qui leur procurait une amélioration, au moins temporaire, de leurs conditions de vie, leur évitant même à quelques reprises de mourir de faim. Il faut ajouter à cela que les Indiens ne voyaient pas les films dans lesquels ils avaient joué et qu’ils n’étaient donc pas gênés de jouer des caricatures d’Indiens, surtout des Cheyennes d’ailleurs. Et reconnaître aussi que Ford a souvent donné aux Indiens Navajos de très beaux rôles sans oublier la mise en valeur de leur culture (chants, danses, coutumes, objets artisanaux). Certains des portraits proposés par Ford sont saisissants de beauté et criants de vérité. On peut certes regretter que les noms des Indiens soient rarement cités aux génériques et les rôles importants rarement confiés à des autochtones, sans doute parce que Ford, au cœur du cinéma hollywoodien, ne pouvait pas bousculer toutes les conventions et braver tous les interdits. Ford, le plus grand représentant de l’âge d’or du western, sera fait membre honoraire de la nation Navajo en 1955 sous le nom de Natani Nez (Big Boss).

mogambo_ford_kelly_gardnerGrace Kelly & Ava Gardner dans Mogambo (1953)

Il est aussi question de John Ford dans le délicieux et malicieux roman de Gilles Jacob, Le festival n’aura pas lieu. Dans ce livre, l’auteur raconte l’histoire d’un journaliste, Fabas, envoyé en Afrique sur le tournage de Mogambo avec Clark Gable, Ava Gardner et Grace Kelly juste au moment où il est nommé Président du Festival de Cannes en 1952. L’histoire est autant inspirée de la vie de Robert Favre le Bret avec qui Jacob a travaillé huit ans que nourrie des souvenirs personnels de Jacob, souvenirs engrangés tout au long des 38 années passées au sein du Festival. Entre Beatrice Gardner (Bappy), la sœur d’Ava, rencontrée sur le tournage de Mogambo et Fabas, se développera une relation aussi passionnée que non conventionnelle, souvent contrariée par leurs obligations respectives, et durable. Le roman conte cette histoire d’amour, mais aussi une autre histoire d’amour, toute aussi importante, celle du cinéma et du Festival. Gilles Jacob dépeint avec tendresse les coulisses de cette grande manifestation, tendresse qui ne l’empêche pas d’avoir parfois la dent dure (Jean-Luc Godard, Maurice Bessy). Le livre fourmille de nombreuses anecdotes, par exemple Geraldine Chaplin et Carlos Saura n’hésitant pas à grimper aux rideaux pour empêcher la projection de leur film Peppermint Frappé en 1968, année de tous les dangers en raison de l’agitation semée par les jeunes cinéastes pressés d’en découdre. Jacob évoque aussi les rencontres qui l’ont marqué, Louis Malle, Claude Lelouch, Roman Polanski, Franck Sinatra, Fritz Lang et tant d’autres. Portée par le regard à la fois naïf et délicat de Gilles Jacob, une promenade amoureuse dans l’univers du cinéma.

John Ford, L’homme et ses films de Ted Gallagher Éditions Capricci

John Ford et les Indiens d’Arnaud Balvay et Nicolas Cabos Éditions Séguier

Le festival n’aura pas lieu de Gilles Jacob Éditions Grasset