La vraie force du style est dans le sentiment.

Henry de Montherlant – Carnet

affiche_le-cancre_vecchiali_deneuveParis, une chambre d’hôtel du XIIe arrondissement comme lieu de rendez-vous, c’est déjà une invitation au bonheur. Paul Vecchiali ouvre la porte de la chambre 717, dégage, du haut de ses 86 printemps, une sensation de royauté et de vulnérabilité. Il suffit de parler de cinéma pour que la passion l’emporte, le regard devient vaste et bleu perçant, la crinière de neige, auréole de projets et d’images. Et quelles images ! Pêle-mêle : Femmes femmes, Corps à cœur, Once more, Change pas de main, En haut des marches, Le Café des Jules, Rosa la rose, fille publique, Nuits blanches sur la jetée, C’est l’amour Filmographie où les figures de proue (Jacques Perrin, Nicolas Silberg, Pascal Cervo pour les garçons ; Hélène Surgère, Marianne Basler, Astrid Adverbe pour les filles) côtoient/baignent dans un prolétariat où l’engagement ne peut trouver son salut que dans la transgression, la subversion, la tendresse donnée toujours, la douleur endurée inévitablement. Avec Le Cancre, Paul Vecchiali interprète en personne Rodolphe, convoque entre autres dans la galerie des souvenirs et des sentiments : Annie Cordy, Françoise Arnoul, Françoise Lebrun, Edith Scob, Marianne Basler, Catherine Deneuve, sans oublier l’ombre de Danielle Darrieux, idole du cinéaste. Carnet de belles – détournement du titre du film de Julien Duvivier – ou Belles dans la peau de Serge Gainsbourg paraphrasent Le Cancre, œuvre organique et sociale, drôle jusqu’au burlesque, lacanienne dans ses jeux de mots, jeux de miroirs, jeu de rôles, jeu de dames, satellites autour du couple central du film : un père et son fils.

Cinégotier : Si je qualifie Le Cancre de réalisme poétique (nom donné à la première Nouvelle Vague, celle des films des 1930-40), cela vous convient-il ?
Paul Vecchiali : J’ai une formule assez bêtasse : « Faire un film, c’est concrétiser un rêve ». Je déteste l’idée d’offrir un film au public, mais ambitionne celle de le montrer à chaque spectateur. Il voit le film sous un certain angle, le reçoit ou pas. C’est pour cela que j’apprécie tant les débats. J’ai participé à plus de 3000 rencontres dans le monde entier pour évoquer mes films et ceux des autres, pour recevoir l’avis, les impressions, les émotions du public. Mais le climat de ces échanges a changé. Il y a 20 ans, le public n’hésitait pas à s’exprimer de façon immédiate, dense, passionnée. Aujourd’hui, il me semble plus silencieux, et attend « le cours magistral ». On s’est battu en 1968 contre le cours magistral, mais le revoilà ! (rires)

C : Parlons du principal couple du film, Rodolphe le père, joué par vous-même, et Laurent son fils alias le cancre, interprété par Pascal Cervo. Laurent entre en fracas dans la vie de son géniteur, dans un jeu de rôle/drôle très « les gendarmes et les voleurs »…
P. V. : Avant tout, je tiens à préciser que ce film n’est absolument pas autobiographique, exceptée l’obsession pour Marguerite. A 14 ans, je suis tombé amoureux fou d’une Marguerite Sauvagnac, à qui le film est dédié. A l’adolescence, j’ai aimé Marguerite comme un fou, comme on vénère la Sainte Vierge. Elle a été la poutre de ma vie. 70 ans après notre séparation, un inconnu m’annonce sa mort au téléphone. Deux ans plus tard, via Facebook, je reçois un message de sa fille qui m’apprend que Marguerite… est bien vivante ! Marguerite était noire de colère face à la rumeur de sa fausse mort, mais ravie de nos vraies retrouvailles. Depuis, nous nous téléphonons chaque jour. Avec Le Cancre, j’ai voulu traduire cet amour obsessionnel, non abouti, non consommé ; nous étions trop jeunes pour faire l’amour. Le film est ponctué de traces de Marguerite Sauvagnac : sa photographie en noir et blanc où elle est allongée sur l’herbe, les phrases murmurées par Deneuve, les yeux clos et le visage baigné de lumière, sont des extraits de mes lettres écrites à l’âge de 15 ans. Marguerite a eu la gentillesse de me céder des extraits de ma correspondance d’antan.

C : Elle a gardé votre lettre, donc a aussi partagé cette obsession…
P. V. : J’étais abasourdi qu’elle ait gardé mes lettres… en cachette de son mari ! (rires) Mais vous me parliez du couple père/fils que je forme avec Pascal Cervo…

C : Pascal Cervo, idéal avec son physique de premier communiant, revient avec effraction dans la vie de Rodolphe, votre personnage. Il envahit votre gourbi de sous-sol, en fait un palais, grâce à l‘amour d’un père de substitution pour le moins troublé et à la dérive. Quant à Mathieu Amalric, papa d’un amant du cancre, il s’adonne à la boisson par désespoir amoureux. Des filiations paternelles retrouvées, subies, choisies, étreintes, ramifient le récit…
P. V. : Vous me faites un immense plaisir, car je n’avais pas vu tout cela. C’est exactement ce retour que j’attends de la part du spectateur, un retour avec des interprétations que je n’avais pas soupçonnées à l’écriture et à la réalisation. Vous partagez mon rêve, et le faites vôtre ! Avez-vous remarqué que « cancre » est l’anagramme de « cancer » ? Et, mon personnage Rodolphe, a une tumeur au cerveau…

C : La métaphore du chant des cigales qui envahit votre tête, est magnifique. Et ce fils en sweater de jogging, oripeau d’adolescence collé à un corps d’adulte, est-il aussi un cancer pour son père ?
P. V. : Je n’y avais pas pensé, mais vous avez certainement raison ! (rires)

C : Il y a une scène hitchcockienne dans votre film. C’est la dernière séquence de somnambulisme de Laurent. Dans ses déambulations nocturnes, le cancre a jadis battu sa tante, Marguerite, alors qu’il voulait gifler sa mère, Anémone. L’insert blanc du coussin induit le spectateur vers une fausse piste, celle du meurtre du père alors que Laurent installe le coussin pour accentuer le confort, diminuer la douleur de Rodolphe. Quelle tendresse !
P. V : C’est une réponse cinématographique que je voulais donner à L’Amour de Michael Haneke. Pour moi, un oreiller est synonyme de tendresse, pas de mort.

C : Il ne faut pas oublier le faux fils Ferdinand qui, au propre comme au figuré, revient solder les comptes. Au fil des rencontres féminines, Rodolphe assiste au débit/crédit de son existence. Quel regard portez-vous sur le personnage que vous incarnez ?
P. V. : Il me faut un minimum de deux ans pour prendre du recul, de la réflexion sur mes films. En plus, là, je joue l’un des rôles principaux. Je ne suis pas comédien, vous savez.

C : Vous entrez dans cette famille de cinéaste/comédien avec une partition, un propos que nul acteur ne peut incarner à votre place…
P. V. : Dans un premier temps, j’ai pensé à Jacques Perrin ou Jean Sorel, mais il fallait que je me mette en danger, l’enjeu était d’interpréter moi-même Rodolphe. Une de mes séquences préférées est celle du petit déjeuner, entièrement improvisée. Le père lit la lettre qu’il désire envoyer à Marguerite. Le fils est plongé dans sa tablette. Je lui demande « Quelle est la chose la plus importante de la vie ? », il répond « Je m’en fous ! ». Malgré le scénario très écrit, je voulais que Laurent et moi improvisions. Dans le film, il y a trois moments de tendresse entre nous deux : la scène du petit déjeuner, celle de la chanson que j’interprète dans la nature où je finis par le prendre dans mes bras, quand il raconte son rêve la tête appuyée sur mon épaule.

C : Et la chanson du générique de fin. La caméra vous laisse mort, remonte sur le visage de Laurent. En off, les strophes de la mélodie remémorent le caractère de Rodolphe…
P. V. : La musique était lancée en playback. Moi, j’étais hors-champ, à ses pieds, sur le sable, dans mon fauteuil de mourant, mais veillais à lui donner des indications ! Travailler avec Pascal Cervo, c’est un rêve. Il me rappelle Jacques Perrin, Nicolas Silberg. Des acteurs qui travaillent au quart de ton, comme Danielle Darrieux, mon idole.

C : DD, star à qui vous écriviez chaque jour pendant votre jeunesse, est présente. Le portrait dédicacé dans votre chambre. La plaque à son nom (quasi-funéraire) posée sur la cheminée, dissimulée par un bouquet de fleurs blanches et violettes qui s’obscurcissent dans la nuit où Laurent somnambule, gifle Rodolphe.
P. V. : Une grande amie somnambule m’a affirmé que si on la touchait dans ses promenades nocturnes, elle giflait. J’ai trouvé ça formidable !

C : Le cancre ne tue pas le père, mais le gifle !
P. V. : Oui, c’est un rêve abouti ! (rires) Le tournage m’a procuré un plaisir immense. Il a pourtant duré à peine 10 jours. Nous tournions au quotidien 12 minutes utiles, et pas bâclées ! Avant chaque plan, je consultais nom chef opérateur, Philippe Bottiglione, formidable allié depuis vingt ans, lui demandais : « Combien de temps il te faut pour l’installation ? », s’il me répondait : « 1 heures 40 », je lui laissais deux heures d‘espace et de temps, appareils du cinéma qui ne font qu’un. Il faut tourner peu de prises pour maintenir une telle cadence.

C : Le monologue de Rodolphe dans votre salle de bains, assis sur le trône, est des plus émouvants…
P. V. : Les voix off de Rodolphe on été enregistrées à l’avance, et diffusées pendant le tournages avec une grande précision. Je me répondais à moi-même.

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Le Cancre = le Cervo de Vecchiali

C : Rodolphe pleure, tombe, chancelle dans cette toile de femmes satellites composée d’actrices célèbres…
P. V. : Les interventions des personnages féminins sont très courtes, donc je voulais que le spectateur les identifie sans difficultés, d’où le choix d’actrices connues. Sinon, il se serait noyé dans ces nombreuses apparitions.

C : Commençons par Annie Cordy…
P. V. : Elle est formidable dans le film. En plus de la chanteuse de variétés, c’est une excellente comédienne. Dans Le Passager de la pluie de René Clément, elle tient la dragée haute au duo Charles Bronson/Marlène Jobert. J’habite Plan-de-La-Tour. Annie, Cannes. Nous sommes donc voisins. Je l’ai appelée. Nous nous sommes tutoyés sur-le-champ. Une entente instantanée. Annie est instinctive, directe, possède un grand sens de l’humour, recul indispensable contre la « prise au sérieux » qui affadit les œuvres.

C : Françoise Arnoul…
P. V. : Cela fait une trentaine d’années que nous rêvons de travailler ensemble. Quand je la joins, elle me répond : « Je reste sans voix ! ». Je lui rétorque : « Tu as intérêt à la retrouver parce que je vais te proposer un rôle ! ». Elle m’a invité à déjeuner pour me dire qu’elle déclinait le film, car elle ne sentait pas son rôle. Je lui ai demandée une seconde chance. Elle m’a fait parvenir Animal doué de bonheur, son livre de mémoires (Editions Belfond). Je l’ai lu, ai tout réécrit, et elle a dit « oui » !

C : Il y a quelque chose de théâtral dans sa séquence, proche de l’iconographie des contes de fées avec le rideau rouge, les bougeoirs, le jeu de clefs à La Barbe-Bleue… Avec l’éclairage poursuite et la danse, French Cancan de Jean Renoir n’est pas très loin…
P. V. Et L’Epave aussi de Willy Rozier, le premier film de Françoise, avec cette réplique : « Tu n’es quand même pas une épave ! ».

C : Bravo pour les deux fondus enchaînés, ceux de la dépouille de Françoise Arnoul et de votre sommeil dans le train avec la vision réelle ou rêvée de Deneuve…
P. V. : Face à la dépouille de Françoise, Rodolphe déclare : « Je les ai toutes aimées de la même façon. ». Un silence s’installe. Laurent demande : « Même Marguerite ? ». Cette réplique n’était pas prévue. Quand Pascal l’a lancée, j’étais terrassé, au bord des larmes. D’où ma réponse expéditive : « Tais toi ! ».

C : Les scènes avec Françoise Lebrun et Edith Scob sont pour le moins iconoclastes, voire bunueliennes !
P. V : Ces deux plans séquences se répondent comme des rimes. Edith Scob était effrayée par la complexité du plan. Tous deux sont ponctués de perles trouvées par les comédiennes. A la fin de ma scène avec Françoise Lebrun, je lui demande : « Où est Marguerite ? ». Elle clôt le sujet par un magnifique « Dans les champs ! ». C’est sa trouvaille. Le doigt accusateur, inquisiteur d’ Edith Scob en nonne qui ne cesse de répéter, bredouiller « que… que… » qui se transforme en « queue… queue… », je lui dois aussi.

C : Marianne Basler est votre comptable qui vous lâche pour Paris. Elle est peu la « fille professionnelle » de Rodolphe. Elle chasse Laurent dans une fausse colère et un grand éclat de rire. Marianne Basler a débuté avec vous dans Rosa la rose, fille publique. Quant à Rodolphe, il apprend qu’il a une fille cachée par Annie Cordy !
P. V : Je l’ai nommée Astrid, en hommage à Astrid Adverbe, héroïne de mes deux derniers films : C’est l’amour et Nuits blanches sur la jetée.

C : Et enfin, la rencontre avec Catherine Deneuve, fille spirituelle de Danielle Darrieux au cinéma !
P. V. : Vous savez, j’ai plus de 60 projets inaboutis ! Avec Catherine, nous devions, il y a longtemps, faire Lune Rouge, l’adaptation d’un polar de Lawrence Block. Pour Le Cancre, j’appelle son agent qui m’apprend qu’elle ne fait plus de participation. Comme avec Françoise Arnoul, je réponds : « Vous me laissez une chance ? ». J’envoie les séquences de Marguerite à l’agent. Le lendemain, Deneuve m’appelle, me dit : « Je le fais ! ». Nous nous sommes rencontrés pour parler du film à L’hôtel de l’abbaye, magnifique endroit du VIe arrondissement, et là – c’est une scène à la Jacques Demy ! – elle prend un café, moi rien. Je lui confie au passage que Demy souhaitait Hepburn et Bardot en guise de Demoiselles, et que je lui avais soufflé l’idée des sœurs Dorléac. Nous nous quittons. Je me régale de la voir partir sous le porche, happée par Paris. Elle va vers sa voiture, met le contact, ressort, me crie : « Paul, on a oublié de payer le café ! ».

C : C’est le poudrier oublié de Delphine dans les Demoiselles, les étourderies en série d’Anouk Aimée dans Lola. Sur une des tables de Marguerite, une carafe d’alcool à laquelle elle « touche » – hommage à l’addiction de Margaux Langlois interprétée par Danielle Darrieux dans Une chambre en ville – et, tout près, un portrait encadré de Demy…
P. V. : Oui, Le Cancre lui est aussi dédié. Pendant Corps à cœur, film que j’ai fait sur neuf mois par manque d’argent, je montais chez Auditel la séquence de la plage avec Hélène Surgère et Nicolas Silberg. Jacques montait en même temps Lady Oscar (film de cape et d’épée ambivalent adapté d’un manga). Il tient à voir des images de mon film, je lui montre une bobine, regarde son travail de mon côté. Après le visionnage, il me crie : « Arrête, arrête, tu dois rigoler de ma confiserie ! ». Il pleurait de ce qu’il avait vu. Quel hommage magnifique !

C : Dans la séquence avec Deneuve, s’articule une symbolique demyenne. Cette sœur aînée évoquée fait bien sûr penser à Françoise Dorléac, les fleurs qu’elle caresse du bout des doigts, sa tenue vert tendre et acidulé…
P. V. : Catherine a accepté de tourner face caméra, ce que redoute bon nombre d’actrices. Nous répétons la scène, elle me demande où je suis, je lui réponds : « Je suis la caméra ». Huit prises ont été nécessaires, car le plan séquence est costaud, compliqué. Pendant une prise, elle est avec les fleurs, dit son texte, attend, éclate de rire. Fasciné par son jeu, sa présence, j’avais oublié de dire ma réplique ! J’avais un peu peur, parce qu’elle boule parfois le texte avec son débit de mitraillette. Sur le scénario, il était écrit : « Marguerite parle très lentement ».

C : A la fin du film, elle apparaît en Vénus de Botticelli, dans une incrustation où elle semble surgir des flots. Savez-vous qu’en robe grecque, elle fait de même à la fin de Le Couvent de Manoel de Oliveira ?
P. V. : Non, je ne savais pas, je n’ai pas vu Le Couvent. Deneuve est remarquable parce qu’elle est vraiment au service du film. Quand elle récite un extrait de ma correspondance, je lui ai demandé de fermer les yeux. D’autres actrices m’auraient demandé pourquoi. Elle, non. Elle s’est exécutée sans explication.

C : Depuis Nuits blanches sur la jetée, un élan de notoriété vous propulse dans les festivals les plus prestigieux du monde entier. Le Cancre a été présenté hors compétition au dernier festival de Cannes…
Depuis trois ans, cette notoriété me déstabilise. Avant cette exposition médiatique, je faisais mes films chez moi, tranquille. J’avais abandonné le système, me foutais que mes films sortent ou pas. Depuis plus de 50 ans, je produis seul mes films, et parfois ceux des autres. Pour Nuits blanches sur la jetée, j’ai ouvert une nouvelle société de production avec Thomas Ordonneau. Je me retrouve intégré dans un métier dont j’ignore ce qu’il est devenu. Corps à cœur, figurez-vous, est resté deux ans à l’affiche. Aujourd’hui, on ne sait pas le lundi si votre film sera encore programmé le mercredi !

C : L’accueil à Cannes s’est déroulé comment ?
P. V. : Le comité d’organisation du festival m’a demandé si je montais les marches avec les actrices du film. J’ai répondu que je serais accompagné de l’équipe technique. Ils étaient pour le moins perplexes. J’ai insisté, affirmé que si ce n’était pas ainsi, je ne viendrais pas. Ils ont fini par céder. Thierry Frémaux nous a rejoint à la fin de la projection qui a reçu une standing ovation.

C : Gageons un bon présage pour le succès du film !
P. V. : Je l’espère, mais les temps sont difficiles pour les films d’auteur !

Propos recueillis par Simone Suchet & Benoit Gautier

C’est L’amour sort en DVD le 4 octobre 2016 – Shellac Distribution

Critique Cinégotier Facebook
Un père, Rodolphe, bougon, déjà âgé, qui n’a qu’une seule obsession retrouver Marguerite, son amour de jeunesse, discute de l’amour, de la maladie, de la mort, de l’argent, avec son fils Laurent, sympathique glandeur. Ce long dialogue qui ose humour, blagues potaches, jeux de mots parfois faciles mais aussi échanges bouleversants, est entrecoupé de visites féminines, les amours passées de Rodolphe. Ces visiteuses interprétées, pour la plupart, par des comédiennes très connues, certaines déjà familières de l’univers de Vecchiali, est l’occasion de revisiter tout un pan de l’histoire du cinéma, de broder des variations délicieuses autour de l’amour et du désir. Filmé en plans fixes selon un dispositif minimaliste, Le Cancre témoigne une fois encore, d’une liberté de ton et de parole exceptionnelle, d’une audace singulière. Le film, visuellement très beau avec la photo signée Philippe Bottiglione, diffuse une lumière ciselée, précise qui exprime les plus infimes nuances émotionnelles des personnages. Paul à voir. Absolument, émotionnellement, margueritement. Maud Suchet